Marcher avec des béquilles sollicite fortement les poignets, les mains et les avant-bras. Quand une douleur au poignet s’ajoute à la blessure qui impose les béquilles, chaque pas devient un problème à résoudre. La difficulté n’est pas anecdotique : une mauvaise répartition de l’appui ou un réglage inadapté peuvent transformer une gêne passagère en douleur chronique, voire provoquer des engourdissements ou une perte de force dans la main.
Douleur au poignet sous béquilles : un signal de mauvais réglage
La douleur au poignet pendant la marche avec des béquilles n’est pas un simple effet secondaire de l’effort. Elle signale souvent un problème de réglage, de positionnement des poignées ou de quantité d’appui transmise aux mains.
Avec des béquilles antibrachiales (cannes anglaises), le poids du corps doit passer par les mains sur les poignées, pas par les manchons d’avant-bras. Les manchons servent uniquement à stabiliser la béquille, pas à supporter la charge. Quand l’utilisateur s’appuie sur les manchons ou laisse ses poignets se plier sous l’effort, la pression sur l’articulation augmente considérablement.
Avec des béquilles axillaires, le même principe s’applique : l’appui doit se faire sur les poignées, jamais sur les aisselles. Une hauteur de poignée trop basse force le poignet en extension, tandis qu’une poignée trop haute impose une flexion permanente. Dans les deux cas, les tendons et le canal carpien subissent une contrainte anormale.
Vérifier le réglage en trois points
- Debout, bras le long du corps, la poignée de la béquille doit arriver à la hauteur du pli du poignet, coude légèrement fléchi (environ 15 à 30 degrés)
- Le poignet reste en position neutre pendant la marche, ni cassé vers le haut ni vers le bas, pour limiter la tension sur les tendons
- Les manchons des cannes anglaises doivent entourer l’avant-bras sans serrer, quelques centimètres sous le coude, et ne jamais servir de point d’appui principal
Un réglage correct ne supprime pas toute contrainte sur le poignet, mais il réduit la surcharge. Si la douleur persiste après ajustement, le problème dépasse le simple réglage.

Adapter sa technique de marche pour soulager les poignets
La technique de marche influe autant que le matériel. Deux erreurs fréquentes aggravent la douleur aux poignets : serrer trop fort les poignées et reporter tout le poids sur les bras à chaque pas.
Relâcher la prise sur les poignées demande un effort conscient. La réaction naturelle est de serrer fort pour se sentir stable, mais une prise crispée fatigue les fléchisseurs du poignet et comprime les structures du canal carpien. Une prise ferme mais détendue, en répartissant la pression sur toute la paume plutôt que sur les doigts, diminue la charge sur l’articulation.
Répartir l’effort entre les deux côtés
En marche avec deux béquilles, synchroniser l’avancée des cannes avec le pas de la jambe blessée permet de mieux répartir l’effort. Le piège consiste à compenser systématiquement du même côté. Si un poignet est plus douloureux que l’autre, la tentation est de charger davantage le côté sain, ce qui finit par créer une douleur bilatérale.
Raccourcir la longueur des pas réduit aussi la force transmise aux poignets à chaque appui. Des pas courts et réguliers sollicitent moins les articulations qu’une foulée ample où le corps bascule loin devant les béquilles.
Alternatives aux béquilles quand la douleur au poignet persiste
Quand le poignet est déjà blessé (tendinite, syndrome du canal carpien, fracture en cours de consolidation), les béquilles classiques peuvent être contre-indiquées. Un déambulateur, un fauteuil roulant ou un knee scooter représentent alors des alternatives plus sûres.
Le knee scooter (trottinette médicale) supprime presque totalement la charge sur les poignets. L’utilisateur pose le genou de la jambe blessée sur une plateforme rembourrée et se propulse avec la jambe saine. Les mains tiennent le guidon sans supporter le poids du corps. Cette option fonctionne bien pour les blessures du pied ou de la cheville, moins pour les atteintes du genou.
Le déambulateur à roues répartit l’appui sur les deux avant-bras via des plateformes rembourrées, ce qui réduit la pression sur les poignets par rapport aux poignées de béquilles. Les modèles avec appui antébrachial évitent toute flexion du poignet puisque l’avant-bras repose à plat.
Accessoires pour réduire la pression sur les poignets
Pour ceux qui doivent malgré tout conserver leurs béquilles, des accessoires existent. Les sur-grips en gel ou en mousse épaisse augmentent le diamètre de la poignée, ce qui diminue la force de préhension nécessaire. Des gants rembourrés protègent la paume et absorbent une partie des vibrations à chaque appui au sol.
Certains modèles de béquilles proposent des poignées ergonomiques orientées à un angle qui maintient le poignet en position neutre. Ce type de poignée réduit la contrainte sur le canal carpien par rapport aux poignées droites standard.

Signes d’alerte : quand consulter sans attendre
Une douleur modérée aux poignets pendant les premiers jours d’utilisation des béquilles peut relever de l’adaptation musculaire. En revanche, certains signes imposent une réévaluation rapide du matériel ou de la prise en charge.
- Engourdissement ou fourmillements dans les doigts ou la paume, signe possible de compression nerveuse au niveau du canal carpien ou du nerf ulnaire
- Faiblesse soudaine de la main, difficulté à saisir un objet ou à tourner une poignée de porte
- Changement de couleur de la main (pâleur, bleuissement), qui peut indiquer un problème circulatoire lié à la compression
- Douleur qui s’aggrave au fil des jours malgré un réglage correct et une technique adaptée
Ces signes justifient un rendez-vous avec le médecin traitant ou le kinésithérapeute qui a prescrit les béquilles. Une adaptation clinique de l’aide à la marche peut être nécessaire pour passer à un autre dispositif ou modifier la rééducation en cours.
La prise en charge de cette double contrainte (jambe blessée et poignets douloureux) relève d’un raisonnement individuel. Le type de blessure au membre inférieur, le degré d’appui autorisé, la pathologie du poignet et la durée prévue d’utilisation des béquilles déterminent la meilleure solution. Un professionnel de santé peut tester plusieurs configurations en consultation et identifier celle qui préserve les poignets sans compromettre la mobilité.
