Les signes précoces de la sclérose en plaques à surveiller

Un engourdissement dans la main qui dure quelques jours, une vision qui se brouille sans explication, une fatigue qui ne cède pas au repos. Ces situations banales en apparence peuvent constituer les tout premiers signes d’une sclérose en plaques. La difficulté, c’est que chacun de ces symptômes pris isolément évoque des dizaines d’autres causes. Repérer les combinaisons et le contexte qui doivent alerter permet de gagner un temps précieux sur le diagnostic.

Des troubles digestifs des années avant la première poussée de SEP

Les contenus médicaux classiques décrivent la sclérose en plaques à partir de sa première poussée neurologique : névrite optique, fourmillements, faiblesse musculaire. Une dimension reste peu connue : des signaux digestifs peuvent précéder la maladie de plusieurs années.

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Une étude menée par l’Université de la Colombie-Britannique, publiée en 2024 dans Annals of Clinical and Translational Neurology, a analysé les données de soins de près de 7 000 personnes qui développeront une SEP, comparées à plus de 31 000 témoins. Sur les cinq années précédant le premier symptôme neurologique reconnu, ces personnes consultaient significativement plus souvent pour gastrite, reflux, constipation sévère et troubles de la motricité intestinale.

Une cohorte britannique portant sur environ 15 000 patients atteints de SEP a confirmé ce constat sur un horizon de dix ans avant le diagnostic. Troubles du transit, douleurs chroniques, anxiété et dépression étaient surreprésentés par rapport à la population générale.

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Ces signes ne permettent pas, seuls, de suspecter une sclérose en plaques. Leur intérêt réside dans la lecture rétrospective : quand un patient consulte pour un premier épisode neurologique, un historique de troubles digestifs inexpliqués peut orienter le médecin plus rapidement vers l’hypothèse d’une SEP.

Homme en équilibre dans un couloir d'hôpital tenant le mur, représentant les troubles de l'équilibre comme signe précoce de la sclérose en plaques

Symptômes neurologiques précoces de la sclérose en plaques : ce qui doit alerter

Vous avez déjà ressenti un fourmillement persistant dans un bras ou une jambe, sans cause apparente ? Ce type de sensation fait partie des troubles sensitifs, le mode d’entrée le plus fréquent dans la maladie. La myéline, cette gaine qui protège les fibres nerveuses du cerveau et de la moelle épinière, est endommagée par le système immunitaire. Le signal nerveux circule alors mal, ce qui provoque des symptômes variables selon la localisation des lésions.

Voici les signes qui, combinés ou récurrents, justifient de consulter un médecin sans attendre :

  • Névrite optique : une baisse de vision sur un seul œil, parfois accompagnée de douleur lors des mouvements oculaires. C’est l’un des premiers signes les plus caractéristiques de la SEP.
  • Engourdissements ou picotements dans un membre ou sur un côté du visage, durant plusieurs jours. Contrairement à une mauvaise posture, ces sensations ne cèdent pas en changeant de position.
  • Fatigue intense et disproportionnée par rapport à l’effort fourni. Ce n’est pas la fatigue classique du surmenage : elle persiste même après une nuit complète de sommeil.
  • Troubles de l’équilibre ou vertiges récurrents, parfois pris pour des problèmes d’oreille interne.
  • Faiblesse musculaire localisée, par exemple une difficulté soudaine à tenir un objet ou à monter un escalier.

Un élément-clé distingue ces symptômes d’un malaise passager : ils durent généralement plus de 24 heures et surviennent par épisodes (appelés poussées), suivis de périodes de rémission partielle ou totale.

Critères McDonald révisés et diagnostic précoce par IRM

Le diagnostic de la sclérose en plaques repose sur un faisceau d’indices cliniques et d’imagerie. Les critères de McDonald, référence internationale, ont été révisés pour permettre une détection plus précoce.

Leur principe est de prouver que les lésions du système nerveux central sont disséminées dans le temps et dans l’espace. Concrètement, l’IRM doit montrer des lésions dans au moins deux zones distinctes du cerveau ou de la moelle épinière, et prouver qu’elles ne sont pas toutes apparues au même moment.

Ce que change la révision récente des critères

Les critères révisés permettent désormais de poser le diagnostic dès le premier épisode neurologique (appelé syndrome cliniquement isolé), à condition que l’IRM remplisse certaines conditions de dissémination. Avant cette révision, il fallait souvent attendre une deuxième poussée pour confirmer le diagnostic, ce qui retardait la prise en charge de plusieurs mois, parfois de plusieurs années.

Cette avancée est particulièrement pertinente pour les patients qui présentent un seul symptôme isolé, comme une névrite optique. Un diagnostic confirmé dès la première année permet d’initier un traitement de fond plus tôt, ce qui ralentit l’évolution de la maladie et réduit le nombre de poussées futures.

Femme fatiguée se frottant les yeux devant des documents médicaux à son bureau, illustrant la fatigue visuelle et la fatigue chronique associées à la sclérose en plaques

Profil des patients concernés et facteurs de risque de la SEP

La sclérose en plaques touche davantage les femmes que les hommes. La maladie se déclare le plus souvent entre 20 et 40 ans, mais elle peut aussi apparaître à l’adolescence ou après 50 ans.

Pourquoi certaines personnes développent-elles une SEP et pas d’autres ? La réponse reste incomplète. On sait que la maladie implique une réaction auto-immune dirigée contre la myéline, mais le déclencheur exact est inconnu. Plusieurs facteurs de risque sont identifiés :

  • Un antécédent familial de SEP augmente la probabilité, sans que la maladie soit directement héréditaire.
  • Un déficit en vitamine D et un faible ensoleillement sont associés à une prévalence plus élevée dans les pays éloignés de l’équateur.
  • Certaines infections virales, notamment le virus d’Epstein-Barr, sont fortement corrélées au risque de développer la maladie.

Aucun de ces facteurs ne suffit à lui seul. C’est leur combinaison, sur un terrain génétique particulier, qui semble favoriser l’apparition de la SEP.

Quand consulter un médecin pour ces signes

Un symptôme neurologique isolé et bref ne signifie pas forcément une sclérose en plaques. En revanche, la persistance d’un trouble sensitif ou visuel au-delà de 24 heures mérite un avis médical rapide. Le médecin traitant peut orienter vers un neurologue, qui prescrira une IRM cérébrale et médullaire si nécessaire.

L’examen du liquide céphalorachidien (ponction lombaire) complète parfois le bilan pour rechercher des marqueurs d’inflammation spécifiques. Ces examens ne sont ni douloureux ni risqués, et ils permettent d’écarter d’autres causes avant de poser un diagnostic.

Repérer tôt les signes précoces de la sclérose en plaques ne garantit pas d’éviter la maladie, mais cela change concrètement la trajectoire du patient. Les traitements de fond actuels, initiés rapidement, réduisent la fréquence des poussées et ralentissent l’accumulation de handicap. Chaque mois gagné sur le diagnostic compte.

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